Crédit photo : Espace Go

Une femme à Berlin – pièce de théâtre avec Sophie Desmarais présenté à L’Espace Go.

Théâtre

15 décembre 2016

Nous sommes à Berlin en avril 1945. 4 femmes racontent l’histoire, mais elles sont en fait une version de la même personne : Marta Hillers, journaliste berlinoise. C’est une histoire vraie. Elle a tenu un journal de bord de ce qu’elle a vécu lorsque les russes ont envahis Berlin. Ce sont donc les débuts de la capitulation, vécu par une femme. Et je vous laisse deviner que ce n’est pas un temps de réjouissance. Parce que oui les bombes ne tombent plus, mais il y a une autre arme de guerre redoutable contre les femmes.

C’est le viol.

Et ce n’est pas l’histoire d’un viol, mais de plusieurs jours consécutifs d’agressions sexuelles à différents niveaux. Il y a les deux premiers soldats qui la prennent de force. Puis le suivant, un jeune russe qui tombe amoureux d’elle. Et puis il y a le moment où elle décide de prendre les choses en main et de choisir son agresseur, de prendre un haut gradé que les autres respecteraient. Une tactique qui s’avère plus ou moins efficace.

Et il y a le retour à une vie normale quand les soldats quittent. Mais c’est quoi la vie normale quand ton corps te dégoûte. Quand tu retrouves ton amoureux qui était parti au front et qu’il ne veut pas savoir ce qui s’est passé.

En parallèle, elle apprend toutes les autres horreurs, cette rumeur de camps où on exterminait des milliers d’humains. D’autres drames. Pire que le sien? Est-ce qu’on peut comparer les souffrances?

Cette pièce m’habite encore. Il y a plusieurs couches de lecture. La culture du viol dont on entend beaucoup parler ces jours-ci, c’est le fait de responsabiliser la victime. Elle-même se demande, est-ce que je suis rendu une prostituée? La culture du silence aussi, on ne veut pas entendre cette histoire. Son amoureux lui reproche d’être impudique quand elle le fait.

Ce n’est pas du divertissement mais je pense que les gens qui cherchent des émotions fortes, cherchent à être bouleverser. C’est une immersion incroyable. Quand on entend les bruits de bombes assourdissants à tout moment, on ressent la peur. Chapeau à la metteure en scène Brigitte Haejtens.

Et pour les gens qui s’intéressent à la Deuxième guerre mondiale, c’est un point de vue qui me semble peu exploité jusqu’à présent.